• Chapitre 1 : Akiko

     Le jeune homme dormait affalé sur deux sièges de son wagon de première classe. Il était seul dans son compartiment, un magazine ouvert sur les genoux. Son visage était détendu, mais à voir sa veste mal boutonnée, son jean blanchi et sa chemise froissée, il avait dû partir en vitesse. Sur la banquette face à lui était posé deux gros sacs pleins à craquer. De toute évidence, le jeune homme avait tenu à emmener un maximum de choses avec lui. Mais était-ce vraiment un simple jeune homme ? Non.

     Il avait de longs cheveux roses pâles, ses yeux étaient maquillés de khôl noir et ses ongles étaient peints en rouge foncé. De toute évidence, ce garçon était efféminé, mais quelque chose de typiquement masculin se dégageait de sa personne. Sa fausse griffe ? Ses multiples bagues ? Sa tenue rigoureusement noire et blanche ? Le hard-rock qui se déversait de ses écouteurs vissés à ses oreilles ?

     La table de son box était jonchée de feuilles noircies, de photos, de livres et d’emballages de barres chocolatées, au milieu desquels trônait un ordinateur portable éteint. Il était d’excellente qualité, une marque très en vogue, blanc, petit, discret mais très moderne. Le voyant de veille était éteint. Mis à part le faible son sortant du MP3 du jeune homme, le compartiment était silencieux, parfois ponctué par un léger ronflement.

    Une voix sortit des haut-parleurs, et le jeune homme ouvrit lentement les yeux. Ses yeux se posèrent sur l’ordinateur, sur les feuilles, puis finalement sur la photo d’une jeune femme. Il soupira, se redressa et entreprit de mettre de l’ordre dans ses affaires, autrement dit mettre toutes les photos et les manuscrits pêle-mêle dans un classeur bleu. Puis il referma son magazine, prenant bien soin de marquer la page, retira ses écouteurs pour entendre la fin du message. En fronçant les sourcils, il vérifia l’heure sur son portable, gardant un air buté lorsque les trois notes annonçant la fin de l’annonce retentirent.

     Il réunit ses affaires en baillant à plusieurs reprises, puis retourna se caler contre le mur, les pieds sur la banquette, et ferma les yeux. Là, il se laissa bercer par le roulis du train, entrouvrant parfois les yeux pour regarder le dehors, le soleil qui se levait, le ciel se tacher de rose délicat et la nature prenant de nouvelles couleurs. Un sourire s’étala sur ses lèvres fines, alors que le train amorçait un ralentissement en vue d’entrer en gare. Il se demandait s’il reconnaîtrait son amie, sur le quai. Aura-t-elle changé ? Et lui, sera-t-il reconnaissable ? Sa ville aura-t-elle changé ? Ses anciens amis seront-ils toujours présents ? Ou plus rien ne sera pareil ? Le quartier de son enfance ne sera plus qu’un souvenir brumeux ? Il se leva pour prendre un dernier sac au-dessus de son box, et ce faisant, quelque chose glissa et tomba au sol. Intrigué, il se baissa pour le ramasser. Son cœur se serra à la vue de la petite photographie imprimée sur papier glacé, et l’air chaleureux de la jeune femme souriante fit naître un petit sourire triste qui éclaira son visage. Il rangea le petit morceau de papier dans sa poche de poitrine, prit son dernier sac et ouvrit la porte du compartiment.

     

     Sur le quai, la foule était dense, et il eût du mal à trouver la jeune fille tenant une pancarte sur laquelle était écrit en gros ‘’AKIKO’’. Il ne trouva aucun nom à mettre sur son visage, et se contenta donc de s’avancer vers elle pour lui serrer la main. En le voyant s’approcher, elle parut d’abord dubitative, puis une lueur de compréhension passa dans son regard. Elle s’élança pour enlacer le jeune homme, puis prit une de ses valises en parlant très vite.

     -Oh mon dieu ! C’est fou comme tu as changé ! Qu’as-tu fait à tes cheveux ? Tu les as plus longs, plus lisses, non ? Remarque, ça te va bien, ça te fait un style bien à toi. Dis, tu as enlevé tes oreilles de chat ? Ce n’est plus la mode ? Tu les as perdues ? Et sinon, tu as fait bon voyage ? Pas trop long ? Tu as maigri, dis-moi. Tu fais un régime ? Anorexie ?

     À cette avalanche de questions, le jeune homme ne put retenir un sourire. Non, même si elle avait changé d’apparence, avait grandi et s’était embellie, son amie était décidément restée la même, celle qui parlait avec le débit d’une mitraillette. Il se défit de son étreinte et la regarda en gardant son sourire.

     -Bien sûr que non, répondit-il. Je mange à ma faim, seulement, tu sais bien que rien ne me profite. Et puis, la déprime y est pour quelque chose, d’après le docteur.

     D’un œil critique, la jeune fille évalua son camarade du regard. Son apparence, son style vestimentaire étaient différents, complètement changés. Il paraissait plus adulte, plus accessible aussi, plus rassurant, plus amical. Ses cheveux roses contrastaient agréablement avec le reste franchement gothique de sa personne. Il n’était pas seulement beau et ténébreux ; il était aussi original et mystérieux. La jeune fille approcha sa main de la joue d’Akiko pour prendre entre ses doigts une boucle d’oreille en forme de serpent. Le métal était froid d’un côté, mais tiède du côté en contact avec la nuque du jeune homme. Elle lâcha l’accessoire et sourit. Il était bon de revoir son meilleur ami.

     

     -Alors comme ça, tu t’engages dans la police ?

     Au volant d’une petite Clio jaune, son amie le mitraillait toujours de questions. Elle avait pourtant ralenti le débit pour laisser au jeune homme le temps de souffler un peu. Néanmoins, c’était reculer pour mieux sauter, et l’interrogatoire eût tout de même lieu.

     -Ce n’est pas un peu dangereux, non ? continua-t-elle.

     Le garçon haussa les épaules et tourna son regard vers la fenêtre.

     -Tu sais, dangereux ou pas, il faut bien quelqu’un pour le faire… Et ce n’est pas exactement dans la police, enfin pas comme tu l’entends. Je cherche plutôt à faire dans l’analyse du cerveau criminel, du comprends ? Comprendre les stratégies de tous, du délinquant au trafiquant d’arme confirmé. J’irai sûrement sur le terrain, mais je compte passer le plus de temps devant des photos et des croquis pour comprendre comment fonctionnent nos adversaires.

     La jeune fille eût un bref hochement de tête, signe qui marquait et sa compréhension, et sa désapprobation. Mais Akiko était grand maintenant, et il était capable de faire des choix qui influenceront sa vie sans qu’elle n’y mette son grain de sel. Le garçon remarqua néanmoins son air pincé, et posa une main sur l’épaule de son amie. Elle tourna la tête vers lui et se sentit obligée de sourire, comme pour dire que tout allait bien. Mais le jeune homme ne se laissa pas berner.

     -Ecoute Marie, on se connait depuis longtemps, toi et moi, et si tu sais combien je suis curieux, tu sais aussi que je suis d’une grande prudence, la rassura-t-il en prenant un ton calme et doux. Il ne pourra rien m’arriver, je te le promets. Je t’appellerai tous les jours, pour te donner des nouvelles. Et puis, tu sais, je ne serai pas seul dans le feu de l’action. D’accord, ça risque d’être dangereux. Mais, eh ! Je reçois une formation, pour pouvoir faire face à n’importe quoi ! Et puis, je sais tout de même me défendre.

     Marie pinça les lèvres en serrant un peu plus fort le volant, et Akiko enleva son bras de son épaule. Un long silence s’installa dans la voiture, abstraction faite de l’autoradio qui déversait du Black Eyed Peas. Le garçon se détourna pour regarder par la fenêtre le paysage d’un air boudeur. Pourquoi son amie était-elle si mère-poule, si inquiète ? S’engager dans la police, ce n’était pourtant pas si dramatique ! Et puis, il était majeur, enfin ! Il était en âge d’assumer ses actes et ses choix ! Il resta néanmoins songeur, à regarder le ciel à travers la vitre, inconscient des petites perles qui naissaient au coin des yeux de son amie.

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Mars 2015 à 21:29
    J'aime beaucoup, j'entame enfin la lecture de cette fiction qui semble si prometteuse !
    2
    Samedi 7 Mars 2015 à 21:36

    Ca me fait plaisir ! L'histoire est assez vieille, je l'ai commencée en 2012, seulement les deux derniers chapitres sont assez récents. Le style a donc évolué, je ne suis pas très fière des vieux chapitres ^^

    3
    Samedi 7 Mars 2015 à 22:04
    D'accord ^^ faut que j'avance vite !
    4
    Samedi 7 Mars 2015 à 22:06

    Bon courage alors !

    5
    Vendredi 18 Septembre 2015 à 16:08

    Hilou! *j'ai vu le titre j'ai de suite pensé au Comte de Bronze, ne me demande pas j'ai des références bizarres*

    J'aime beaucoup ce début d'histoire, ça a l'air d'être vraiment bien sur la suite *ok 22 chapitres, j'ai du peuple à lire x)*
    Le style de ce chapitre est un petit peu maladroit, hésitant par moments; mais des petits "bugs" infimes et sans grande importance, quoi. Je dois dire que le personnage en lui-même soulève une marée de questions dans ma tête, et je suis curieuse de savoir ce qu'il va lui arriver même si je ne pourrai certainement pas tout lire aujourd'hui ^^

    Bwef. Je vais lire la suite.......

    *sort parce qu'elle trouve son commentaire trop court*

    6
    Vendredi 18 Septembre 2015 à 19:17

    Je ne connais point cette personne ._. Et je changerai sûrement le titre dans la version finale.

    Oui, c'était le tout début ! J'avais 14-15 ans à l'époque (maintenant je m'approche des 18 T_T ), je cherchais encore mes marques, et c'était ma première grande histoire... Mais, bien que je révise complètement ma version finale, j'aime bien garder les chapitres écrits sans aucune correction, du moins sur le blog. Ca me permet d'avoir une trace de ma progression !

    Quelque chose me dit que tu as trouvé le temps...

    7
    Vendredi 18 Septembre 2015 à 19:20

    Référence étrange à de l'héroic fantasy...

    Cela te permet de revoir le trajet accompli et de mesurer tes progrès ^^ alors c'est une histoire ancienne!

    Une notification? *air angélique*

    8
    Samedi 26 Septembre 2015 à 16:46

    trop bien !!! 

    9
    Samedi 26 Septembre 2015 à 16:58

    Merci.

    10
    Samedi 26 Septembre 2015 à 16:58
    11
    Lundi 27 Juin 2016 à 02:46

    Face a toi,je semble tellement nulle...c'est fou...U-U tu écris trop bien ,truc de malade!Je t'envie!Si un jour tu écris un livre,je serai la première a l'acheter!

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