• Chapitre 14 : Seconde chance

     -Vous avez bien compris ?

    -On entre, récapitula Warren, on cherche le bureau, on prend le dossier en question et on s’en va, le tout dans la plus grande discrétion.

    -Si on vous demande qui vous êtes ? les testa Monsieur A.

    -Des stagiaires, répondit Louise. Sans grande importance pour eux. Et on leur demande où est l’ascenseur, pour détourner la conversation, ou une autre banalité, n’importe quoi qui pourrait nous rendre crédible. Mais on répond, sinon on sera tout de suite suspect.

    -Bien, approuva-t-il. J’espère que cette fois-ci, vous allez réussir. Parce que je ne vais pas accepter un autre échec de votre part, il s’entend. Il y en aura bien un sur qui rejeter le blâme. Un sur qui vous voudrez rejeter le blâme. Je vous dépose ?

    Ils montèrent dans la voiture, en costume, et leurs armes dissimulées dans leurs vêtements. Au cas où… Cette fois-ci, ils étaient sûrs de réussir. Voler des documents, quoi de plus facile ? Et leur allure leur donnerait immédiatement un air de stagiaires, de même que les badges que leur avait fournis Monsieur A. Le seul problème, c’est qu’ils devaient se séparer. Pour rester en contact, ils portaient une sorte d’oreillette qui répondait à une pression tactile pour parler. Mais elle n’était pas sélective, et ils ne pouvaient pas contacter une personne en particulier, étant obligés de parler à tout le groupe. Ils se turent pendant tout le trajet, un peu mal à l’aise dans l’immense voiture. Le chauffeur de Monsieur A allait les déposer un peu avant la boîte, pour que cinq jeunes adultes sortant d’une Limousine n’éveillent pas trop les soupçons. De plus, ils ne devaient pas arriver en même temps, sauf Warren qui devait faire équipe avec Jimmy, pour pallier à son trop faible niveau d’anglais.

    Ils étaient tous nerveux quand ils sortirent de la voiture. Jimmy et Warren partirent en premiers, souhaitant bonne chance aux autres. De la chance, ils en avaient besoin. Louise et Théodora partirent dix minutes plus tard, et Akiko entra dans le bâtiment en dernier. C’était un immeuble immense, qui faisait une bonne dizaine d’étages, aux fenêtres présentes par centaines. A travers les vitres, il voyait les gens s’activer, marcher dans tous les sens en portant des feuilles qui volaient parfois. Personne ne faisait attention aux autres, pas plus qu’aux cinq intrus qui s’étaient introduits avec un danger énorme rangé dans une poche intérieure de leurs vestes. Il passa les portes de verre et chercha l’ascenseur le plus proche. En montant dans la cage, il pressa le bouton huit. Huitième étage, bureau 839, troisième porte à gauche. Les instructions étaient simples, très simples. Le premier à avoir trouvé le dossier devait prévenir les autres, pour qu’ils sortent le plus vite possible. Et une fois dehors, ils devaient se réunir et rentrer à l’hôtel seuls. L’ascenseur s’arrêta en sonnant, et une voix annonça l’étage. Akiko sortit, ayant auparavant regardé les alentours, par précaution. Ce n’était pas Louise, qu’il voyait de dos ? Il ne pouvait pas l’appeler pour vérifier, la couverture de parfaits inconnus risquant vite de tomber après ça. Il se contenta de chercher le bureau, marchant et comptant dans sa tête. Plus que vingt-deux… Plus que vingt… De plus en plus de personnes, dans ce couloir. Ce n’était pas bon… Il ouvrit la porte d’une pièce qu’il identifia comme les toilettes, s’enferma dans une cabine et pressa son oreillette, qui lui répondit par un bourdonnement.

    -Il y a trop de monde, beaucoup trop. Je ne peux pas y aller seul, désolé. Il faut que quelqu’un me rejoigne pour pouvoir faire une diversion. Sinon, aucune chance de les éloigner.

    -Ok, lui répondit une voix qu’il identifia comme celle de Théodora. Je ne peux pas te rejoindre, gros problème, une femme veut que j’aille lui chercher un truc au troisième étage. Mais pas loin de moi, il y a un bouton d’incendie. Tu comptes trente secondes, et j’aurai appuyé dessus.

    Il éteignit l’oreillette et sortit des toilettes. Il fallait jouer ça très naturel, il ne devait pas laisser supposer qu’il savait que l’alarme allait sonner. Il continua de chercher le bureau, toujours devant, quand le bruit le fit sursauter. Il n’avait pas eu besoin de se forcer : étant passé juste à côté d’un haut-parleur, le son avait jaillit d’un seul coup, lui déchirant le tympan gauche. Il regarda les gens qui se pressaient vers les escaliers, un peu incertain. Devait-il les suivre, pour faire plus vrai ? Non, c’était sa seule chance, là, maintenant, il fallait qu’il la saisisse. Il courut jusqu’au bureau, ouvrit la porte d’un coup de pied, bondit jusqu’aux casiers et chercha la lettre correspondante. Alors que le volume de l’alarme ne diminuait pas, il ne trouvait pas non plus le dossier. Bientôt, on s’apercevrait que ce n’était qu’une blague, et on le trouverait lui, en train de fouiller dans les affaires d’un employé respectable… Son cœur faillit rater un battement quand il brandit le document, la liasse de feuilles agrafées entre elles. Il referma la porte du bureau et s’engouffra dans les escaliers, bien calme.

    Warren et Jimmy avaient été obligés de sortir quand l’alarme avait retenti. Le premier était furieux, sûr que la supercherie serait découverte, et le deuxième confiant en ses coéquipiers. Ils ne pouvaient rien faire d’autre qu’attendre, mais quand Warren vit les gens scruter le ciel à la recherche d’éventuelles flammes, et des hommes de la sécurité marmonner des choses dans un talkie-walkie, il se dit qu’ils n’allaient peut-être pas s’en sortir aussi bien que ça. Il leur faudrait courir vite, très vite pour ne pas être pris. A moins que…

    Filant dans les rues, il ne prêta pas attention aux appels de Jimmy. Il bousculait les gens, à la recherche d’une chose, une seule chose : une voiture à voler. Bien sûr, il était contre le vol, mais dans certains cas comme celui-ci… Deux voitures de police le doublèrent, roulant vers le bâtiment, et il se mordit la lèvre. Pourvu qu’il n’arrive pas trop tard… Il repéra un tas de voitures assez modestes, mais ce n’était pas ce qu’il voulait : une voiture rapide et bien chère, pour ne pas avoir de scrupules en volant un richissime. Les gens le dévisageaient curieusement, mais il s’en moquait. Il venait de voir la merveille. Elle s’arrêtait devant un hôtel, et il décida de saisir sa chance.

    -Si Monsieur veut bien me confier la voiture, que j’aille la garer sur le parking, demanda-t-il en imitant les autres majordomes autour de lui.

    Le costume était parfait, et le conducteur se laissa berner, lui donnant les clefs du véhicule. Il monta sur le siège du conducteur, et une immense joie l’envahit. En plus de sauver ses amis, la première voiture qu’il volait était une Turbo 911. Une Turbo 911 jaune. Il démarra, se félicitant d’avoir passé son permis, et remonta la vitre.

     

    -Je vous jure, il est parti en courant sans rien dire ! se défendit Jimmy.

    Le groupe pestait de la perte de Warren, qui s’était sauvé. Il ne pouvait pas se permettre de l’attendre, ni de le contacter avec l’oreillette à cause de la foule autour d’eux. Ils allaient quitter les lieux quand on klaxonna avec force.

    -Je vous dépose quelque part ? leur demanda Warren avec un grand sourire, la vitre baissée.

    Assise sur la banquette arrière, Louise souriait malgré elle, affichant un air à mi-chemin entre l’autosatisfaction et l’euphorie totale. Ils. Avaient. Réussi ! Elle se retenait de ne pas le crier aux autres, bien qu’ils en soient parfaitement conscients. Elle avait hâte de rentrer, juste pour voir la tête de Monsieur A. Peut-être allait-il trouver quelque chose à redire, mais en tout cas, rien ne pouvait venir gâcher son bonheur tout neuf, entourée de sa famille toute neuve. Elle voulait que Warren aille plus vite, pour arriver plus tôt et laisser libre cours à sa joie. Un volcan s’éveillait en elle, il allait faire encore plus de dégâts si elle ne le laissait pas agir à sa guise maintenant. Elle s’autorisa un coup d’œil vers les autres, et vit que Jimmy et Warren paraissaient dans le même état. Le premier était aux anges, offrant un sourire radieux et enfantin à tous ceux qui voulaient bien le regarder, et le second se prenait pour un prince assis au volant de sa luxueuse voiture. Elle les observa encore un moment, puis tourna la tête quand Jimmy se retourna pour noter sa réaction. Heureusement, elle était assise côté fenêtre, pas comme Théodora qui était au milieu, bien que la voiture fut spacieuse. Les immeubles défilaient par la fenêtre, et les passants se faisaient de plus en plus rares par ici. Elle remonta la vitre, pas rassurée dans ce quartier. Ils s’étaient débarrassés de leur oreillette à la demande de Jimmy qui souhaitait les garder.

    -On a assuré, non ? demanda-t-elle timidement.

    -Et comment ! répondit immédiatement Jimmy. On a été fantastiques, oui !

    Tous s’esclaffèrent devant l’enthousiasme du jeune homme, et il baissa la tête en piquant un fard, mais pas assez vite pour que tous ne puissent remarquer son sourire s’étalant sur tout son visage. Warren tourna légèrement la tête, de façon à pouvoir regarder la route et les voir du coin de l’œil.

    -Bien sûr qu’on a assuré. Vous en doutiez ? les taquina-t-il.

    -Pas le moins du monde, assura Akiko. Au fait, cette voiture, tu comptes la rendre … ?

    Le conducteur resta caché derrière une moue à la fois pensive et triste. Rendre cette merveille ? Bah, le vrai propriétaire devait être tellement riche qu’acheter une deuxième voiture ne le ruinerait pas. Non, il préférait la garder encore un peu, juste encore un peu. Il se félicita d’avoir passé son permis il y a cinq mois. Comme quoi, sa mère avait eu raison. Il surprit un regard admiratif de Jimmy, et son sourire s’élargit un peu plus. Quoi de mieux que d’être admiré dans une superbe voiture ?

    Il s’arrêta devant l’hôtel, les hommes de main de Monsieur A les attendant. Sans un mot, ils descendirent de la voiture, laissant les clefs à un homme qui leur tendait la main. Quel accueil, pensa Théodora. Elle ne les salua pas en passant devant eux, et se laissa mener avec les autres au deuxième étage, sûrement les bureaux de Monsieur A.

    L’homme était assis et téléphonait, sans prêter attention à son garde du corps, ni aux cinq jeunes adultes qui patientaient devant lui. Apparemment, il n’avait pas l’intention d’interrompre sa conversation pour écouter ses employés. Ils durent patienter un bon quart d’heure avant que Monsieur A ne daigne raccrocher et lever les yeux sur eux. Akiko jeta les dossiers sur son bureau avec une moue passablement agacée, et le sourire de Monsieur A apparut sur son visage si désagréable. Il ne regarda même pas les dossiers.

    -Mieux, commenta-t-il.

    Sur ce, il les congédia sans rien ajouter. Warren était furieux, et vociférait à qui voulait l’entendre des qualificatifs qu’il serait déplacé de retranscrire ici. Il en tremblait de fureur. Mais quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, ils furent tous surpris de trouver dans la salle de réception un repas chaud qui les attendait, ainsi que, bizarrement, une bouteille de champagne. A croire que Monsieur A ne doutait pas une seconde de leur réussite.

    -Pas de bêtises, conseilla une voix près de la porte.

    -Je les surveille, répondit très sérieusement Théodora à Monsieur A qui les regardait avec ce sourire amusé qui lui était si propre.


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