• Chapitre 15 : Parle plus bas

     Théodora fronça les sourcils quand Louise tira d’un coup sec les rideaux de sa chambre. Louise ? Dans sa chambre ? A neuf heures du matin ? La réveillant ? Elle avait dû rater quelque chose. La jeune fille se tourna vers elle et la secoua sans ménagements. Instinctivement, Théodora se retourna pour lui donner le dos et marmonna quelque chose dans son sommeil.

    -Allez, marmotte ! ordonna Louise. On se réveille !

    A regrets, elle s’extirpa de la couverture. La chaleur de son rêve lui manquait déjà, tout comme celle de son lit. Elle fixa la jeune fille en face d’elle. Encore comateuse de sa nuit insuffisante, elle ne prêtait pas attention à sa colocataire.

    -Charmant, ton pyjama, lança Louise en indiquant le pyjama jaune canari qu’elle portait.

    -Il y a un problème ? ânonna Théodora. Pourquoi viens-tu me réveiller si tôt ?

    Louise sourit, amusée par une blague que seule elle pouvait comprendre.

    -L’avenir appartient à ceux qui se lève tôt. Dépêche-toi. Jimmy souhaite nous parler, argumenta-t-elle sur un ton narquois.

    En sortant de la chambre, elle lui annonça qu’elle avait un quart d’heure pour être lavée, habillée et dans la salle de réception. Baillant, Théodora fila avec la vitesse d’un escargot sur une autoroute jusqu’à la douche, et remit les vêtements qu’elle portait le jour de son enlèvement, lavés et repassés sûrement par la femme de chambre. En vitesse, elle brossa et natta ses cheveux avant de sortir, laissant son MP 45 sur la table de chevet. Dans les couloirs, elle ne se pressait pas, histoire de faire les pieds à Louise. Non mais. Venir la réveiller, comme une mère, c’était trop. Et son ton lui déplaisait singulièrement. Apparemment, tous s’accordaient à penser que Jimmy et elle étaient ensembles. Faux, bien sûr. Mais elle n’avait pas très envie de leur expliquer en rentrant dans les détails. Les messes basses et rumeurs, elle connaissait, pas la peine de s’en faire pour ça. Les autres étaient déjà assis quand elle entra dans la salle, et c’est en se mordant la lèvre qu’elle marcha jusqu’au premier siège vacant.

    -Ton oreillette, lui tendit Jimmy.

    Elle la mit, tout comme les autres l’avaient fait, et Jimmy sortit de la salle. Ils se regardèrent tous avec curiosité, ne sachant pas pourquoi le jeune homme les quittait si soudainement.

    -Il est fâché ? demanda Warren. On a dit quelque chose de mal ?

    -Je ne pense pas, répondit Théodora. Il doit juste être parti chercher quelque ch… Oh !

    Tous se tournèrent vers elle, alors qu’elle portait la main à son oreille droite. Elle regarda les autres avec effarement.

    -Bien sûr. Pas les autres ?... Tu veux dire que tu les as modifiées ?

    Ils écoutaient Jimmy en hochant la tête. Tout ce qu’ils comprenaient, c’était que le garçon s’était débrouillé pour que les oreillettes puissent cibler une personne. Il suffisait de prononcer le nom de la personne à qui on voulait parler en effleurant l’oreillette, et on était en ligne. Avec seulement cette personne. Bien sûr, on pouvait toujours parler à tous, mais c’était un peu plus simple. Jimmy expliquait tout cela, un peu gêné de l’attention qu’on lui portait. Il avait baissé la tête, honteux du rouge qui lui était venu aux joues.

    -Donc, tu veux dire que tu as fait tout ça avec juste des pièces trouvées en démontant le frigo de ta chambre, sans aucun outil ni rien ? résuma Akiko.

    -Ben… Oui, désolé, s’excusa Jimmy.

    -Désolé ? se récria Louise. C’est génial ! Franchement, j’ai du mal à croire que tu aies pu faire ça avec si peu ! Merci, vraiment !

    -Il est au courant ? demanda Warren.

    -Non, s’assombrit Jimmy. Je suppose que je ne suis pas autorisé à faire ça. Rien que le fait de démonter l’oreillette est un crime, peut-être. Mais bon, j’en ai marre de cet homme.

    Warren trouva Jimmy nettement plus sympathique, tout d’un coup. Il lui sourit sincèrement, content de ce nouvel accessoire. Voilà de quoi les transformer en inspecteur Gadget !

    -Bien sûr, pas un mot à Monsieur A. S’il vous plait, ajouta-t-il, je ne veux pas qu’il me prenne en grippe.

    -Ne t’inquiète pas, le rassura Akiko.

    -Pardon ? fit une voix trainante. Des messes basses ? Et je n’en suis pas au courant ?

    Warren se leva et vint se placer devant eux. Ils étaient surpris, tous, ne sachant que dire.

    -Une oreillette réfrigérante ? continua-t-il avec une moue narquoise. C’est interdit. Tout l’interdit, surtout mes lois. En fait, seules mes lois l’interdisent. Et encore, je n’ai pas vérifié. C’est néanmoins interdit. Puisque c’est comme ça, je vais pousser le chauffage à fond, juste pour vous faire rôtir, et vous pourrez blâmer Jimmy pour sa stupidité. Vous m’appartenez, je vous l’ai déjà dit ? Votre vie est à moi. Vous êtes à moi. C’est grâce à moi que vous vivez. Peut-être êtes-vous plus intelligents que moi, mais moi, j’ai du personnel. Et un super costume-cravate. Vous avez vu ces boutons de manchettes ? Carrément cool, non ?

    Louise fut la première à éclater de rire, la tête dans le bras, le bras sur la table, secouée de soubresauts, ayant du mal à reprendre son souffle. Théodora la suivit bientôt, ainsi qu’Akiko et Jimmy. Mais Warren ne s’arrêta pas là dans son imitation. Il vint se placer juste en face de Louise et l’obligea à le regarder.

    -Tu rigoles, gamine ? C’est grave. Très grave. Rire est un crime passible de mort, chez moi. Mais bon, comme j’ai absolument besoin de toi, je vais me contenter de te menacer comme toujours sans jamais rien faire. Arrête de rire. C’est insupportable. Je te jure que je vais m’énerver. Fais attention, ne me pousse pas à bouts. Quand je m’énerve, je suis en général furieux. Et en colère. Peu de gens le sont. En fait, tout le monde est en colère quand il est furieux, mais ça n’a pas d’importance. Toutes mes paroles sont de l’or. Ma personne est du platine. Et j’ai une dent de diamant.

    Ils s’écroulèrent sur les tables, riant à perdre leur souffle, riant comme ils n’avaient pas ri depuis longtemps. Warren s’autorisa un petit sourire. Voilà, il avait réussi. Détendre l’ambiance, deuxième spécialité de la maison. Il relâcha la tête de la jeune fille et sortit de la pièce, leur lançant au passage :

    -Soyez sages ! 

     

     

    Assis dans son bureau, Monsieur A grimaçait un sourire vaguement amusé. L’imitation de Warren, il l’avait écoutée. Les cinq étaient surveillés : caméras, détecteurs de mouvements et, bien sûr, micros cachés un peu partout. Il avait entendu la conversation, et en voulait terriblement au jeune homme. La satisfaction qu’il avait ressentie en écoutant le passage de l’oreillette, fier de ce jeune garçon inventif, s’était évaporée quand Warren avait pris la parole. Ce garçon, il ne le supportait pas. Il trouverait bien un moyen de le punir, mais pas tout de suite. Qu’il rigole. L’occasion ne se présenterait pas de si tôt. Qu’il rigole. Il aurait encore plus de plaisir à le briser entièrement. Qu’il rigole. Lui, Harrison, était intouchable. Qu’il rigole, qu’il vienne le narguer. Il lui appartenait. Qu’il rigole. Qu’il rigole…


  • Commentaires

    1
    Jeudi 9 Avril 2015 à 22:31

    X'D Arf... Lire ce chapitre pour bien rire, toujours, c'est un véritable plaisir! C'est bien mon genre d'humour, tient! Bref, j'adore relire le tout, depuis le temps que je me le répétais~

     

    2
    Vendredi 18 Septembre 2015 à 17:36

    L'imitation m'a tuée x) *journée sauvée par miracle*

    Non je la relis encore deux ou trois fois, histoire de bien mourir et puis je recommence x) non vraiment là je suis morte de rire "super, ces boutons de manchette, non?" x)

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