• Chapitre 21 : Libertés et restrictions

    Il poussa la porte d’un geste brusque et elle alla frapper bruyamment contre le mur. Tous sans exception sursautèrent. Akiko ne leur accorda même pas un regard et alla se placer en bout de table, en face de Louise, comme à son habitude. Elle lui accorda un sourire absent, toute droite sur sa chaise, contrastant avec les autres qui s’appuyaient nonchalamment contre leur dossier. La place entre Théodora et Warren était vide. Légèrement de travers, comme si on s’y était assis récemment, ou si quelqu’un allait y prendre place d’une minute à l’autre. Ils s’y attardèrent tous du regard pendant quelques secondes, avant qu’Akiko ne prenne la parole :

    -Monsieur A nous attend dans son bureau dans deux heures.

    Soupir général. Il leva les mains pour couper court à leurs réflexions.

    -Je n’en sais pas plus. Sûrement pour une nouvelle mission. Après tout, quoi d’autre ? Il n’est pas dans l’habitude de Monsieur A de nous convoquer pour nos beaux yeux.

    Warren jeta regard complice à Louise qui rougit.

    -Je vous ai réuni ici parce que j’ai peur pour vous.

    Warren laissa échapper un rire sarcastique. Akiko ne releva pas, mais Théodora le fusilla du regard. Le jeune homme croisa le sien, et son rire s’éteignit. Elle continua de le dévisager, impassible.

    -J’ai peur, continua Akiko, parce que vous n’avez plus envie de vivre.

    Louise ouvrit la bouche pour l’interrompre, mais Akiko la devança :

    -Louise, quand t’es-tu entraînée pour la dernière fois ? Quand es-tu allée au stand de tir ? La dernière mission remonte à plus d’une semaine. Vous n’avez rien fait depuis.

    Silence. Ils ne niaient même pas, c’est ça qui le rendait fou. Six mois avant, ils auraient protesté, ils se seraient défendu, ils auraient trouvé des excuses, n’importe quelles excuses, mais aujourd’hui ils se contentaient de le fixer avec des yeux vides. Sa respiration s’accéléra sous le coup d’une bouffée d’angoisse, et il se passa nerveusement la main dans les cheveux.

    -On a tous une vingtaine d’années, merde ! On n’est pas mort à vingt ans ! A vingt ans, on vit, on respire, on expérimente, on découvre, on existe ! Vous avez peut-être vécu cent fois plus que les autres, mais ça ne veut pas dire… ça ne veut pas dire que c’est terminé !

    -C’est exactement ce que ça veut dire, Akiko, répondit doucement Warren. J’ai vingt et un an, et j’ai vécu la majeure partie de ma vie. Oui, j’ai perdu l’envie de vivre. L’envie de me lever le matin et d’arrêter mon réveil avec la même main qui pressait la gâchette la veille. L’envie de retrouver dans chaque visage la grimace de celui que j’abattais la veille. L’envie de me réveiller entre des murs qui, peu importe combien de temps je resterai ici, me sembleront toujours inconnus. Comment tu veux que j’expérimente, Akiko ? Comment tu veux que je vive ? Nous sommes confinés tous les quatre à cet étage, on ne voit le soleil que lorsque l’on part en mission ! Je ne sais même pas dans quelle ville on est ! Pire, je ne sais même pas dans quel état on est !

    -C’est toi qui te tues avec cet état d’esprit, répliqua Akiko en haussant le ton. Notre pire ennemi, c’est le désespoir. Si on arrête de se battre, on sombrera tous !

    -Je préfère sombrer plutôt que de vivre un jour de plus dans cet enfer !

    -Je te croyais faible, pas défaitiste !

    Warren se leva, Akiko l’imita. Louise, par réflexe, bondit aux côtés de Warren pour le retenir. Il ne lui prêta même pas attention.

    - Ne t’avise plus jamais de me traiter de faible, murmura Warren.

    -Sinon quoi ? le provoqua-t-il.

    -Battez-vous.

    Ils s’interrompirent tous et tournèrent la tête en direction de Théodora. Elle les regardait tous les trois avec mépris.

    -Allez-y, continua-t-elle. Je vous en prie, mettez-vous en pièces.

    Elle tira de son holster son Beretta et le fit glisser sur la table dans leur direction.

    -Tenez, ce sera plus rapide. Il y a quinze balles dedans, c’est largement suffisant, non ? S’écharper est tellement plus productif que de réfléchir. Après tout, il est plus facile de mettre à l’index les erreurs des autres plutôt que de proposer des solutions, non ?

    -Tu as quelque chose à proposer ? cracha Warren.

    Elle posa ses yeux sur lui et prit quelques secondes pour réfléchir.

    -Je pense, oui. Je peux interrompre votre altercation quelques minutes ? Promis, après je vous laisserai recommencer.

    Ils s’assirent. Elle croisa les bras, haussa le menton.

    -Monsieur A a besoin de nous. Je ne comprends toujours pas pourquoi nous cinq -nous quatre, pardon, mais il a besoin de nous. Ce qui nous met dans une position de supériorité. Car même s’il peut nous tuer à n’importe quel moment, il ne le fera qu’en dernier recourt. Alors que nous, nous n’attendons rien de lui. On est désespéré, pas vrai ?

    Elle se pencha vers eux.

    -On peut lui poser toutes nos conditions.

    -On ne peut pas, la coupa Louise. Règle numéro trois, on ne discute jamais ses ordres.

    -Quand es-tu devenue si attachée aux règles, Louise ?

    Elles se dévisagèrent pendant quelques secondes, puis Louise secoua la tête, comme pour effacer ce qu’elle venait de dire. Peu importait.

    -Donc, on peut lui poser nos conditions. Mis à part Louise, personne ne porte son costume règlementaire, et pourtant il ne nous a jamais réprimandés. Nous sommes privilégiés, ses favoris en quelque sorte. Jouons sur cette carte. Il veut nous garder captifs et en bonne santé ? A nos conditions.

    Louise secoua la tête. Impossible. Négocier avec Harrison ? Ça ne s’était jamais vu de mémoire d’homme.

    -Il est trop sévère pour accepter de se plier aux conditions de quelqu’un d’autre. Ne l’oublie pas, c’est un chef, un maître ; il a l’habitude de donner des ordres et qu’on y obéisse. Ça risquerait de faire tâche qu’il se soumette aux conditions de quatre français.

    Les deux autres acquiescèrent de manière absente, mais Théodora garda les yeux fixés sur la jeune femme. Louise avait baissé le regard sur ses genoux, comme pour effacer ce qu’elle venait de dire. Personne ne releva. Un silence épais s’installa. Les respirations se faisaient plus bruyantes, synchronisées avec le ronronnement de la climatisation et, au loin, les bruits de la ville. Un  klaxon leur parvint, et ce son du monde réel sembla les réveiller, d’une certaine manière. Akiko brisa le silence.

    -On peut toujours essayer. Qu’est-ce qu’on risque ?

    Beaucoup, mais Warren n’en dit rien. Si ça pouvait marcher, pourquoi pas. Il avait, comme les autres, bon nombre de revendications, la première étant de voir le monde extérieur plus d’une fois par semaine. Il se leva.

    -C’est donc décidé ?

    Ils hochèrent tous la tête, à l’exception de Louise. Ce n’était vraiment pas une bonne idée. Quelque chose lui faisait pressentir qu’Harrison ferait en sorte que leurs demandes se retournent contre eux. En vérité, elle avait surtout peur pour elle. Harrison, même s’il ne lui avait jamais fait aucun mal, lui inspirait une terreur sourde, la terreur qu’un simple nom peut inspirer, le sursaut provoqué par un profil qui se découpe sur un mur, par une intonation, un timbre de voix, une expression qui vous prend les entrailles et vous retourne le cœur. C’était l’aura menaçante de pouvoir émanant d’Harrison qui la faisait trembler. Néanmoins, elle se leva de concert avec les autres et les suivit. Akiko ouvrait la marche, précédé de Théodora et Warren. Ce dernier considéra la lèvre fendu de la jeune fille avec curiosité. Elle ne saignait plus, mais était légèrement enflée. Elle balaya sa remarque naissante d’un geste de la main. Les blessures étaient si nombreuses qu’elles importaient peu, maintenant. A partir d’un certain nombre, le remarquable devenait banal. Un mort, c’était la fin du monde. Dix, une tragédie. Mille, un accident. Etrange comme la quantité dépersonnalisait. Elle rit, d’un rire amer et dur. C’était comme le temps, le temps effaçait tout. Quand avait-elle pensé à sa mère pour la dernière fois ? Mis à part les quelques réminiscences de sa vie antérieure, elle s’était adaptée à son nouvel environnement, à sa nouvelle existence au point d’occulter complètement l’ancienne. Elle rit à nouveau. Warren haussa un sourcil.

    -Dire qu’avant ma plus grande peur était de finir seule.

    Et, comme si cette phrase détenait un sens caché, philosophique, il joignit son rire au sien.

     

    Il y avait deux jeunes hommes dans le bureau d’Harrison. Leurs bras nus étaient couverts de tatouages, qui devaient sûrement continuer sur leur torse, et remontaient le long de leur nuque. L’un d’entre eux avait le crâne entièrement rasé, laissant apparaître un signe sur l’inion, une sorte de B prolongé, comme une lettre allemande. Ils se retournèrent quand Akiko poussa la porte, et le jeune homme vit la main du chauve se porter instinctivement à son côté droit. Il leva les mains pour les apaiser.

    -Si vous voulez bien sortir, messieurs, les invita Harrison, je serais à vous dans quelques minutes.

    Il ferma la porte derrière eux, puis fit face au groupe de français.

    -J’ai failli attendre. Mesdemoiselles.

    Il leur désigna les deux chaises d’un signe de tête, mais elles ne bougèrent pas. Un sourire agacé s’étira sur ses lèvres, et, contournant le bureau, il retourna s’assoir. Sans rien dire, il tendit une enveloppe à Akiko, qui l’ouvrit et en parcourut le contenu rapidement. Il hocha la tête.

    -C’est simple.

    -Ça l’est, approuva Monsieur A. Je pensais vous ménager encore un peu.

    -Avant quoi ?

    Il sourit énigmatiquement, mais ne prit pas la peine de répondre.

    -Akiko vous expliquera tout en chemin. L’enveloppe contient un permis de conduire à son nom, au cas où vous vous fassiez contrôler -ce qui est hautement improbable, mais j’aime prendre mes précautions.

    Il les congédia d’un signe de main.

    -Nous n’avons pas terminé.

    Harrison releva la tête. Akiko vint se mettre en face de lui.

    -Nous avons certaines… demandes à formuler, si vous avez quelques minutes supplémentaires à nous accorder.

    -Ce dont je ne doute pas une seconde, ajouta Théodora.

    L’homme se cala dans son fauteuil et les considéra d’un œil curieux.

    -Je vous écoute.

    -Premièrement, nous voulons sortir. Ne plus vivre dans ces locaux. Non seulement la proximité forcée de nos coéquipiers peut se révéler franchement gênante, mais aucun d’entre nous n’apprécie croiser le chemin de vos employés.

    -Ou le vôtre, cru bon d’ajouter Warren.

    Harrison eut un sourire.

    -Soit. Supposons que j’entende vos raisons. Où iriez-vous ? Quatre jeunes adultes, perdus sur un autre continent, sans argent, sans famille ni repères…

    -Ce qui nous amène à notre deuxième revendication, l’interrompit Théodora, nous voulons être payés.

    Tous se tournèrent vers elle, surpris. Warren fut le premier à se ressaisir.

    -Exactement. Notre travail, même s’il est en grande partie forcée, n’en est pas moins un. Nous sommes en âge de travailler, et nous estimons que nous méritons rémunération. Cependant, puisque vous soulevez si judicieusement la question du logement, je crois sage que vous nous en fournissiez un. Après tout, ne nous trouvons-nous pas là grâce à vous ?

    Harrison planta ses yeux dans les siens, et Warren soutint son regard. Il déteste ce ton qu’il prend pour s’adresser à lui, il déteste ce vocabulaire qu’il emploie, cet air supérieur qu’il affiche, ces tournures de phrases qu’il lui réserve tout spécialement. Il se surprenait parfois à regretter que ce soit Jimmy, ce soir-là sur les pavés, au lieu de Warren. Ça aurait pu, après tout. La prochaine fois, peut-être. Il se détacha de lui avec dédain et posa les yeux sur Akiko. Il n’allait pas faire au jeune homme le plaisir de s’adresser directement à lui. Autant passer par celui qu’ils avaient proclamé chef -un choix remarquable, d’après lui, bien que Louise ait aussi fait l’affaire.

    -Rien d’autre ?

    -Plus de surveillance.

    -Hors de question.

    -Pardon ?

    Warren et Théodora avaient parlé à l’unisson.

    -J’ai dit hors de question. Il est hors de question que je relâche ma surveillance. Pour votre sécurité et la mienne, je dois toujours garder un œil sur vous.

    -Vous ne nous surveillez pas, vous nous contrôlez.

    -Précisément. Je vous contrôle. Et je dois toujours savoir où et avec qui vous êtes.

    Akiko le toisa pendant quelques secondes, qui semblèrent durer une éternité, puis jeta l’enveloppe sur la table. Harrison haussa un sourcil.

    -Ce n’est pas négociable. Plus de surveillance ou plus de missions. Au choix.

    Harrison soupira longuement, puis, vif comme l’éclair, sorti d’on ne sait où une arme dont il braqua le canon sur Théodora.

    -Dans ce cas-là, autant réduire votre nombre, pour me faciliter la tâche.

    Akiko fit un pas vers la jeune fille, mais Warren l’arrêta. La sécurité du pistolet avait été retirée, et il était prêt à parier que le barillet était chargé. Monsieur A ne prendrait sûrement pas la peine de gâcher une balle pour Théodora, mais mieux valait ne pas prendre de risques. Calmement, la jeune fille tira à son tour son arme, retira la sécurité et plaça le canon sous sa propre gorge. Puis, toujours sans se départir de son calme, elle se tourna vers Monsieur A.

    -C’est fâcheux, mais il me semble avoir eu la même idée que vous… Mais je ne sais si vous mettriez la même conviction à tirer que moi à me faire sauter la tête.

    -Je sais que tu ne pourras pas presser la détente.

    -Vous pensez ? Prenons les paris, alors. A trois, le premier qui tire, vous comptez ?

    Ils se dévisagèrent pendant ce qui leur parut des heures, puis Monsieur A baissa lentement son arme. Warren jeta un rapide coup d’œil à Théodora. Elle avait raison, depuis le début, Monsieur A avait besoin d’eux, et vivants. La poitrine de la jeune fille s’abaissait et s’élevait à un rythme puis rapide que la normale, bien qu’elle fît tout pour ne rien laisser paraître. Alors qu’elle rangeait son arme, il vit sa main trembler, presque imperceptiblement.

    -Surveillance relâchée, concéda Harrison.

    -Mais…

    -Surveillance relâchée ! tonna-t-il. Je ne tolèrerai plus que l’on discute mes ordres ! Dans ma grande générosité, j’accède à vos demandes, mais je ne souffrirai pas que l’on abuse de ma bonté !

    Il fit une pause pour se calmer.

    -Surveillance relâchée, reprit-il. J’accède à vos deux de vos requêtes : vous serez demain déplacés dans un studio.

    -Tous les quatre ? l’interrompit Louise.

    -Tous les quatre. Vous n’aurez à vous préoccuper ni du loyer, ni des dépenses. Seulement un seul de mes hommes restera constamment avec vous -interdiction formelle de lui fausser compagnie. Sauf pendant les missions, vous passerez l’essentiel de votre temps tous les cinq.

    -Nous allons vivre avec l’un de vos hommes ?

    -Ça pose un problème ?

    Warren secoua la tête, un sourire sur les lèvres. C’était ridicule, Harrison jouait avec eux et s’en délectait. Il ne savait pas ce qui était pire, ici ou là-bas, en présence constante d’un de ses employés. C’était pervers de leur imposer cette proximité. Mais pas étonnant, non. Après tout, Warren savait bien que Monsieur A était mauvais, vicieux et cruel. Ils avaient la chance d’avoir quelque valeur à ses yeux pour profiter de sa clémence ; mais parfois, quand Warren se laissait réfléchir à quand ils n’auraient plus aucune valeur, il sentait un frisson lui courir sur l’échine. Harrison les congédia d’un signe de main. Ils sortirent et, la porte passée, il remarqua la posture de Théodora, comme si elle essayait de se diminuer et de prendre le moins de place possible, en retrait et les yeux fixés sur le sol. Son masque d’impassibilité avait été étiolé, et sur son visage se peignait à grands traits la peur, ou plutôt le choc d’après l’angoisse, comme si un minuscule séisme avait secoué son intérieur, laissant des dommages si infimes qu’une personne non avertie ne les aurait pas remarqués. Il ressenti le besoin urgent de serrer cette petite femme, cette petite femme à la lèvre contusionnée, cette petite femme qui, devant la menace d’une arme à feu, avait braqué son propre Beretta sur sa tête, la serrer dans ses bras, dans une attitude protectrice, fraternelle. Sans cesser de marcher, il passa un bras autour de ses épaules.

    -Ça va, Théo ?

    Elle tiqua au contact et au nom, mais se reprit bien vite, recomposant son personnage sans faille.

    -Ça va, juste un peu… secouée.

    -Il y a de quoi… La prochaine fois qu’il te menace, je le tue à mains nues.

    Elle sourit faiblement, sans lever les yeux vers lui, sans voir son air grave et sérieux. S’il touchait encore une fois à ses amis, il le tuerait. Théodora, Akiko et Louise n’étaient plus ses amis, c’était sa famille. Il étreignait la jeune fille comme il aurait rassuré une sœur, une sœur assez grande pour comprendre la dureté de la vie et assez petite pour avoir encore besoin du réconfort de ses bras. Louise leur jeta une œillade dédaigneuse, considérant leur embrassade d’un mauvais œil. Un peu d’affection n’était pourtant pas déplacée, et il y avait presque quelque chose d’attendrissant à les voir ensemble, eux qui ne pouvaient se supporter quelques heures auparavant. Il était certains instants où l’adversité resserrait les liens ; l’ennemi les rapprochait inconsciemment, involontairement, et ils étaient plus forts main dans la main.

    Elle leva la tête vers lui, et après avoir considéré son visage fermé, sourit de plus belle.

    -Attention, ça ne veut pas dire que je t’apprécie, le prévint-elle.

    Il la repoussa d’un geste moqueur et joignit son rire au sien.


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